Les images du fond des temps (3)

Alors là, attention.

Icône fondatrice, image sacrée, impulsion de la trajectoire de toute une vie.

La date est marquée dessus. 5 juillet 1981. Mais alors, je n’ai pas encore 9 ans ?

C’est pendant les traditionnelles vacances au camping de La Tamarissière à Agde.

Comme tous les matins, avant d’aller à la plage, je vais faire les courses avec ma mère pour acheter le pain, le journal et les clopes. Et comme tous les jours, je fonce jeter un coup d’oeil aux magazines pour nous, les gosses. Est-ce que le nouveau Pif gadget est sorti ?

Quand soudain, que vois-je ? Qu’est-ce que c’est que ce livre ? Ce format bizarre, ce titre bizarre, « Strange », qu’est-ce que ça veut dire ?

Et puis cette illustration peinte, magnifique, ces dégradés, ces effets de lumière, les reflets sur l’armure du personnage rouge et or rehaussés par l’aspect brillant et luxueux de la couverture.

Qui sont ces personnages ? Je ne connaissais pas le concept de super-héros. Et pourquoi la neige et les patins à roulette ? Tant de questions d’importance qui se bousculent dans mon cerveau juvénile.

Et puis derrière, d’autres images, d’autres couvertures, annonciatrices de tout un nouvel univers inconnu et fascinant à découvrir. Hulk ! Les 4 fantastiques ! Docteur Strange ! Machine Man !

J’apprendrai plus tard que toutes ces couvertures magiques sont l’oeuvre de Jean Frisano, un illustrateur de génie que Michel-Ange ( de son vrai nom Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni ) a outrageusement plagié lorsqu’il s’est agi de vandaliser le plafond de la chapelle Sixtine.

Et à l’intérieur, première rencontre avec Daredevil, dans un épisode bien anxiogène, écrit par Jim Shooter, dessiné par Gil Kane et encré par Klaus Janson :

Et aussi, première rencontre avec Sal Buscema, le maître de la mandale, jugez plutôt :

Sal Buscema qui dessine Rom le chevalier de l’espace, avec Bill Mantlo au scénario, et ses répliques qui tuent :

Je me souviens de l’air circonspect de ma mère. Tous ces muscles exubérants moulés dans des collants flashy, est-ce que c’est bien convenable pour un petit garçon de 9 ans qui jusqu’à présent s’est contenté de glousser sur les gentilles aventures de Pif et Hercule, Pifou, Placid et Muzo et Dicentim le petit Franc ?

Mais heureusement, ma maman est super, elle craque et me l’achète.

Sans le savoir, elle vient de m’offrir le ticket d’entrée qui fera de moi l’homme que je suis devenu : un vieux geek pathétique qui a couru ventre à terre en 2008 pour aller voir Robert Downey Jr dans le premier Iron Man.

Oh mais bordel, 2008, c’était il y a 14 ans ?!?

Il sort quand le prochain Marvel ?

Pathétique, je vous dis.

PS : à propos de Strange, il existe une bible de référence éditée par flammarion, écrite par Sébastien Carletti et Jean-Marc Lainé :

Nos années Strange™

C’est un livre rempli à ras bord d’informations et d’images, non seulement sur Strange et les éditions Lug, mais aussi sur toute cette pop culture qui se développait alors en France autour de la science-fiction, des super-héros, de l’animation japonaise ou non, des figurines et des jouets et qui a donné naissance à toute une génération de geeks un peu nerveux qui se sont mis à harceler les réalisateurs parce que les chaussettes de Batman n’avait pas la même couleur dans le film que dans l’épisode 475.

Et en plus, il y a une intro d’Alexandre Astier, et ça, c’est un gage de qualité.

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